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PeC art 1.

Mélanome et COVID-19
 

Le mélanome cutané représente un problème majeur de santé publique. Son incidence est en constante augmentation ; elle double environ tous les 10 ans dans les pays qui la mesurent malgré les moyens de dépistage.

Le rôle de l’exposition solaire dans cette pathologie a été établi sur des arguments multiples issus d’études épidémiologiques descriptives et de nombreuses études cas-témoins. Le risque lié à l’utilisation des sources artificielles d’ultra-violets (UV) est aujourd’hui confirmé. La prédisposition familiale et les facteurs génétiques sont aussi très importants.

Au stade de la tumeur primitive, l’exérèse chirurgicale est le geste thérapeutique essentiel.

Au stade de métastases à distance, des traitements systémiques sont proposés.

Au début de la pandémie COVID-19, beaucoup d’activités médicales et chirurgicales ont été suspendues.3 D’autre part, beaucoup de patients ne sont pas allés consulter par peur d’aller à l’hôpital et s'y contaminer. De même dans les cabinets de ville, fermés par ailleurs.4 Ces actions ont eu des conséquences négatives sur le dépistage, le diagnostic et la prise en charge des patients concernés.3,5 

Depuis mars 2020, la pandémie COVID-19 est donc responsable d’un retard de prise en charge des patients ayant un mélanome ou suspects de mélanome.5


 

1. Le diagnostic de mélanome pendant la COVID-19

En France : Le nombre de cancers diagnostiqués (c’est le cas également pour les cancers cutanés) a baissé, de 20 % comme l’avait déjà constaté le « Panorama des cancers en France, édition 2021- INCa » après la première vague de COVID-19, faute de dépistage. Par rapport à une année normale en ce qui concerne les consultations dermatologiques, un mélanome sur cinq n’a pas été diagnostiqué et un tiers des rendez-vous a été manqué. 

Nombreux sont les patients qui ont retardé leur contrôle annuel ou qui n’ont pas consulté en cas de grain de beauté suspect ou modifié. 

Or, la précocité du diagnostic augmente fortement le taux de guérison en cas de mélanome, tout comme pour les autres cancers.6

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A l’étranger : Les résultats des publications sont mitigés 

  • une étude menée par Tejera-Vaquerizo, en Espagne, a analysé les conséquences du confinement sur l’épaisseur du mélanome au diagnostic et son pronostic. Les auteurs ont conclu que l’absence de prise en charge pendant le confinement aurait comme conséquence une classification plus avancée et des coûts de santé publique augmentés dans les années à venir.

  • une autre étude en Grande Bretagne a montré que le taux de détection du mélanome était plus important qu’avant le confinement.

  • enfin une étude italienne a conclu qu’après le premier confinement en 2020, l’épaisseur (indice de Breslow) des mélanomes diagnostiqués était plus importante qu’en pré confinement chez les patients de 50 ans et plus, en Italie, pays très éprouvé par la COVID-19 (1,96 mm vs 0,88 mm, p<0,001).9

2. La technique du ganglion sentinelle
 

La technique du ganglion sentinelle et l’arrivée de la nouvelle classification AJCC (American Joint Committee on Cancer) 8ème édition en 2017, ont permis de mieux définir les malades à haut risque pouvant bénéficier d’un traitement adjuvant.10 

Pendant la pandémie de COVID-19, l’expérience française et internationale ont confirmé la convergence dans cette situation : 

  • la technique du ganglion sentinelle doit être proposée aux patients en stade pT1b-pT4b.11 

  • Nahm SH et al propose de prioriser les stades pT2b-pT3b, puis pT4a-pT4b et puis pT1b-pT2a.11


 

3. Immunothérapie ou thérapie ciblée

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Ces dernières années, la compréhension des mécanismes moléculaires et immunologiques impliqués dans le développement du mélanome a conduit à l’avènement de deux traitements : l’immunothérapie et la thérapie ciblée.12 Avant 2011, les chimiothérapies en monothérapie étaient prescrites en première intention. Avec un taux de réponse à 10-15%, ces traitements sont réservés aujourd’hui en dernière intention, après échec des traitements par immunothérapie ou thérapie ciblée.13,14 

Les traitements actuellement disponibles au stade métastatique sont, d’une part, l’immunothérapie et la thérapie ciblée. Les inhibiteurs de check-points immunitaires et les inhibiteurs de BRAF et MEK ont ouvert de nouvelles perspectives dans la prise en charge du mélanome métastatique. Ces nouvelles armes thérapeutiques ont considérablement amélioré le pronostic des malades métastatiques avec, dans certains cas, des possibilités de rémission complète. Les données d’efficacité au stade métastatique ont conduit à l’utilisation de ces médicaments dans d’autres situations.15

L’impact de la COVID-19 sur l’évolution clinique du mélanome métastatique n’est pas bien connu ; cependant il existe quelques études qui suggèrent que l’impact de cette maladie virale sur les patients ayant un mélanome métastatique est négligeable. Dans une étude rétrospective sur 50 patients15 ayant un mélanome et infectés par Sars-CoV-2 le taux de mortalité dû à la COVID-19 en lien avec le traitement pour le mélanome a été respectivement de 16%, 15% et 36% chez les patients sous immunothérapie, sous thérapies ciblées et sans traitement.15


 

4. La radiothérapie11
 

Concernant la radiothérapie, pendant la pandémie COVID-19, le fractionnement des doses a été recommandé. La radiothérapie stéréotaxique cérébrale doit être réalisée. 

Bien sûr pour certains patients, en stade avancé les soins de support sont les plus appropriés. 

Le choix de la meilleure option thérapeutique, au moment le plus propice au cours de la prise en charge du malade reste un défi majeur ainsi que l’identification de facteurs pronostiques et prédictifs de réponse au traitement.

 

 

L'expert
 

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Monica Dinulescu
Praticien hospitalier oncodermatologue, 
service de dermatologie 
CHU Rennes

 

Références

  1. INCa : Panorama des cancers en France édition 2022. 

  2. INCa : Les traitements possibles en fonction de l’étendue du cancer. Disponible sur : (https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Melanome-de-la-p...). Consulté le 07/03/2022. 

  3. Elmas O, et al. Melanoma and COVID-19: A narrative review focused on treatment. Dermatolologic Therapy.2020; DOI: 10.1111/dth.14101 

  4. Gomolin T. et al. The danger of neglecting melanoma during the COVID-19 pandemic. J.Dermatolog Treat. 2020 ; 31 :444-445 

  5. Molinier R, et al. Impact du confinement lié au COVID-19 sur le retard au diagnostic et la sévérité du mélanome. Annales de dermatologie et de vénéréologie. Décembre 2021. 

  6. INCa : Panorama des cancers en France édition 2021. 

  7. Tejera-Vaquerizo A. et al. Estimated effect of COVID-19 lock-down on melanoma thickness and prognosis : a rate of growth model. 2020; 34(8): e351-e353. https://doi.org/10.1111 /JDV.16555

  8. Schauer AA. et al. Melanoma defies « lockdown » : ongoing detection during COVID-19 in Central London. Clin Exp Dermatol. 2020 [published online ahead of print, 2020 Jun]. http://doi.org/10.1111/ced.14324 

  9. Ricci F. et al. Increased Breslow thickness in primary melanomas seen after the COVID-19 lockdown. Doi:10.111/JDV.16874. 

  10. Gershenwald JE. et al. Melanoma staging: American Joint Committee on Cancer (AJCC) 8th Edition and Beyond. Ann Surg Oncol 2018; 25:2105-2110. 

  11. Nahm SH. et al. Consensus Guidelines for the management of melanoma during the COVID-19 pandemic: surgery, systemic anti-cancer therapy, radiotherapy and follow-up. Clin Oncol 33(2021) e54-e57. 

  12. INCa. Les différents traitements médicamenteux. Disponible sur : (https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Melanome-de-la-p...). Consulté le 07/03/2022. 

  13. INCa. La chimiothérapie classique. Disponible sur: (https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Melanome-de-la-p...). Consulté le 07/03/2022. 

  14. Avis d'expert. 

  15. Gonzales-Cao M, et al. Cancer immunotharapy does not increase the risk of death by COVID-19 in melanoma patients. medRxiv 2020. http://doi.org/10.1101/2020.05.19.20106971.