Fil d'Ariane
Aspects psychologiques de la rechute de traitements post adjuvants
La rechute : un possible dans le parcours de soins
Inscrite dans le parcours de soins, la rechute fait partie des trajectoires possibles. Elle survient après que le sujet ait fait l’expérience de l’annonce diagnostique, réalisé une phase de traitement avec les effets secondaires du protocole de soins, et obtenu une phase de rémission partielle ou complète. Durant cette période de rémission, le sujet est en surveillance médicale uniquement par imagerie et/ou poursuit des traitements de maintenance en fonction de sa situation oncologique.1,2,3 Les représentations autour de la maladie et du corps assailli par les traitements invasifs se mettent progressivement à distance, le sujet cherche à retrouver de l’élan vital, à impulser une dynamique qui prend en compte les enseignements de l’expérience de la maladie. Un travail psychique d’après-traitement s’élabore autour d’un fantasme de changement de regard sur la vie, sur soi et ses relations aux autres, étayé par le désir d’être le même autrement !
Alors que le sujet recommence à réinvestir le monde extérieur, à se réinscrire potentiellement dans une dynamique de projection et recréer des liens avec son tissu social, survient l’annonce de la reprise de la maladie. Le sujet est à nouveau submergé sur le plan psychique par les effets des mots et ce qu’ils entendent représenter. Ici, le point de vue médical trouve un écho bien différent du côté de celui qui rencontre cette maladie, comme le rappelle Canguilhem4 dans cette distinction qu’il développe entre la maladie du malade et la maladie du médecin. C’est précisément dans la relation médecin-patient, que va se dessiner le vécu de la maladie avec l’expertise de l’un soignant et l’expérience de l’autre patient.
Les mécanismes de la rechute
La rechute en oncologie réactualise les processus psychiques décrient lors de l’annonce diagnostique5 tels que l’incompréhension, l’émergence émotionnelle comme la colère, les pleurs ou même la sidération, dans un contexte d’angoisse et de découragement face à un sentiment « d’échec de la thérapeutique » largement éprouvé par les malades. Une sensation de tomber à nouveau (re-chute) dans ce que le sujet redoutait à savoir une reprise de la maladie. Même si une proposition thérapeutique est souvent associée à cette annonce, il s’agit d’un contexte de remise en cause de l’efficacité du traitement médical, de difficultés à pouvoir se projeter dans l’avenir réactualisant l’incertitude6 concernant son devenir. De nombreux patients parlent de cet éprouvé si particulier d’avoir supporté le traitement pour « rien », entre frustration, impuissance et désespoir. Certains évoquent une incompréhension surtout quand le malade s’est conformé aux recommandations médicales et sociales pour tendre vers un idéal de soins battu en brèche par cette annonce « sentence » qui tombe comme un couperet : la maladie est revenue.
La répétition est à l’œuvre, répétition de revivre une même situation, un même scénario dont la connaissance du parcours trouble les projections du sujet qui n’est plus naïf par son vécu de la maladie.
Les métaphores de l’incertitude autour de la rechute
« Je subis, j’ai tout bien fait, je ne comprends pas, je ne sais pas si j’aurai la force de refaire le parcours et pour quel résultat si au final ça revient ? » comme un cri amer de Claude. Cette fameuse épée de Damoclès au-dessus de la tête poursuit sa menace permanente et constante, la sanction tant redoutée est tombée, le couperet de l’annonce évoquée, le sujet est convoqué à tenir durant l’épreuve de la maladie. La maladie « mise en sommeil » par les traitements s’est réveillée. La résurgence de la culpabilité met en lumière les fantasmes du sujet sur ce qu’il a manqué, raté ou pas suffisamment acté dans sa recherche de sens ou dans ses stratégies adaptatives pour accepter le principe de réalité. « A quoi ça sert, j’ai peur de la suite, de ne pas y arriver…, je n’ai plus la même énergie, je n’y crois plus ! » énonçait Camille lors de la rechute de son cancer du sein. Nous sommes bâtis sur ce manque de garantie dont l’incertitude doit être amenée à être apprivoisée, car réactualisée ici par la rechute.
Le sujet se confronte ipso facto, à sa propre finitude par le déroulé d’un questionnement existentiel qui devra trouver une oreille bienveillante et une présence7 suffisamment rassurante pour travailler par l’écoute, la parole et l’accompagnement au sens du partage avec les soignants désignés de confiance8.
Un temps pour (se)réinventer !
La situation d’annonce de la rechute doit s’inscrire dans les mêmes dispositifs dédiés aux annonces, qu’elle soit diagnostique, de changement de thérapeutique, de rechute et même de rémission, ces annonces constituent des temps de transition, d’orientation et d’intégration psychique du discours médical. Ce temps demande des explications, d’éviter la dramatisation, de valoriser ce qui a été fait car cela n’a pas servi à rien, et doit inscrire le sujet dans une continuité de soins en redéfinissant les modalités et les enjeux du parcours thérapeutique9. Il s’agit de tenir compte du sujet dans sa singularité, de son histoire, de sa compréhension concernant sa situation somatique et d’être au plus près de lui dans les décisions qui sont discutées avec l’équipe médicale.
Toute annonce s’inscrit dans une demande de temps, de parole et de relation pour expliquer, élaborer, recevoir et continuer d’instaurer cette relation de confiance qui fonde la qualité de la prise en charge. Le sujet est convoqué dans cette quête ou recherche de sens à puiser, chercher-trouver l’énergie et ses ressources pour maintenir une forme d’équilibre psychique et de monde habitable. « Je cherche à me réinventer dans l’évolution de ma maladie » exprimait Sophie comme un appel aux changements dans les sillons de son histoire et de son désir confronté aux vicissitudes de sa pathologie.
L'expert
Références
Institut National du cancer. J’ai un cancer : comprendre et être aidé. Septembre 2020.
Institut National du cancer. Référentiel organisationnel. Repérage et traitement précoce de la souffrance psychique des patients atteints de cancer /avis d’experts. Janvier 2018.
La ligue contre le cancer. Vivre auprès d’une personne atteinte d’un cancer. Guide d’information et de dialogue à l’usage des proches de personnes malades. 02/2006.
Canguilhem G. (1966) Le normal et le pathologique. Paris, P.U.F.
Bacqué M-F. (2008) Les vérités du cancer. Paris, Springer.
Barruel F. & Bioy A. (2013) Du soin à la personne – clinique de l’incertitude. Paris, Dunod.
Levinas E. (1983) Le temps et l’autre. Paris, P.U.F.
Cannone P. (2020) Psychothérapie psycho-dynamique en oncologie. Montpellier, Sauramps Médical.
Pédinielli J-L. (1987) Le travail de la maladie. Psychologie Médicale, 19,7 ,1049-1052.